Discours du secrétaire d’Etat-adjoint et aux Affaires européennes, Manuel Lobo Antunes, devant la session plénière du Parlement européen à Strasbourg – «L’intérêt européen : relever le défi de la mondialisation»


«L’intérêt européen : relever le défi de la mondialisation»
Déclaration de la présidence portugaise devant la session plénière du Parlement européen à Strasbourg, semaine du 12 au 15 novembre 2007
Manuel Lobo Antunes, secrétaire d’Etat-adjoint et aux Affaires européennes

«La mondialisation n’est pas seulement un phénomène que nous ayons à analyser sous le jour de ses conséquences économiques et de ses retombées technologiques. Pour vous, messieurs les parlementaires, pour les ministres du Conseil de l’Union européenne, pour chacun d’entre nous, politiciens, c’est avant tout une question de nature politique.

Il est question de personnes qui perdent leur emploi, de régions en crise, de secteurs économiques appelés à disparaître, de nouvelles menaces sécuritaires et environnementales. Mais, il s’agit aussi de nouvelles opportunités d’emploi, de nouvelles filières de production et de prix réduits sur un vaste nombre de produits, permettant une meilleure affectation des ressources financières et une croissance des transactions de biens et de services.

Fait sans précédent dans l’histoire de l’humanité, la mondialisation élève la puissance des flux d’idées et des contacts entre personnes. Les perspectives d’enrichissement, aussi bien économique que culturel, sont de taille, pourtant les risques inhérents à de nouveaux déséquilibres, de plusieurs ordres et à l’échelle planétaire, le sont tout autant.

Dorénavant le défi consiste à donner forme à cette nouvelle interdépendance, de plus en plus fluide, dans un monde de plus en plus étriqué.

D’emblée, il est essentiel pour nos démocraties de faire face à la mondialisation et de la réguler. Il en va de la démocratie effective – savoir dans quelle mesure nous serons à même de garder pour nos peuples et pour nos représentants élus, la maîtrise politique sur les options fondamentales concernant la gouvernance économique et tant d’autres aspects de nos vies.

Je suis pour ma part convaincu que, dans bien des domaines critiques, nous ne saurons être efficaces, en Europe, que si nous sommes capables d’apporter des réponses politiques collectives aux problèmes les plus sérieux de notre temps, en misant sur la croissance économique et la création d’emploi, la préservation de l’environnement, l’énergie, les migrations, la lutte contre le terrorisme.

L’UE est en train de rénover ses politiques intérieures, afin d’en assurer la compétitivité et le développement équitable et durable. Le renforcement de la cohésion sociale et le respect à l’égard de l’environnement doivent guider les réformes économiques. L’investissement en recherche, en innovation et en éducation est, lui, moteur de la croissance et de l’emploi.

Mais nous ne sommes pas seuls. Il serait irresponsable de nous replier sur nous-mêmes, comme si le chemin de l’égoïsme pouvait être efficace. Il n’y a ni murs ni forteresses efficaces dans ce monde nouveau. Nous devons travailler ensemble, avec d’autres pays et d’autres régions, dans le but d’arriver à des résultats bénéfiques pour tous. La stabilité, la liberté, la sécurité et la prospérité n’auront de consistance et de durabilité qu’à condition d’être partagées.

C’est là, la vocation de l’Europe. Nous nous devons de diriger et de façonner la mondialisation selon les principes et les valeurs qui sont les nôtres. Les yeux rivés sur l’extérieur et empreints d’un esprit universaliste, comme par le passé, les moments les plus nobles de notre histoire commune en montre l’exemple.

Ensemble, l’UE et ses Etats membres ont prouvé savoir s’attaquer aux problèmes et enjeux communs, forts d’une expérience de 50 ans d’intégration. Le nouveau traité – le Traité de Lisbonne – nous dote de conditions institutionnelles plus efficaces et transparentes et permet à l’Union de jouer son rôle dans le monde.

Le défi consiste à préserver et à renforcer ce que nous avons obtenu au cours de cette période, mais aussi à savoir défendre nos intérêts et à projeter nos valeurs communes au-delà de nos frontières.

La Stratégie de Lisbonne revue sert d’encadrement à la réponse que l’Europe doit apporter à ce défi. Lancer ce nouveau cycle de gouvernance nous demande de réfléchir au cap que nous entendons suivre.

La communication de la Commission dont nous débattons ici aujourd’hui nous semble être un excellent point de départ pour la discussion. Elle avait d’ailleurs servi de référence aux chefs d’Etat et de gouvernement, lors de la réunion informelle du 19 octobre dernier à Lisbonne.

Au niveau du Conseil nous travaillons sur la base de ce document, en cherchant à dégager un ensemble de messages qui pourront contribuer à la préparation du nouveau cycle de la Stratégie de Lisbonne. Le Conseil ECOFIN de cette semaine en a déjà adopté les conclusions. Le Conseil «Compétitivité», du 22 novembre prochain, adoptera certains de ces messages et le Conseil «Emploi», les 5 et 6 décembre, devraient adopter les conclusions sur l’avenir de la Stratégie européenne de l’emploi, dans le contexte du nouveau cycle de la Stratégie de Lisbonne.

D’autres formations du Conseil ont, elles aussi, abordé des thèmes majeurs visant la préparation de ce nouveau cycle.

Je suis en mesure de confirmer que, pour l’essentiel, nous sommes d’accord avec la Commission : la Stratégie de Lisbonne revue reste l’encadrement approprié quant à la réponse que l’Europe doit donner aux principaux défis auxquels elle est confrontée, dont celui de la mondialisation.

L’Europe est en train de faire des progrès significatifs. Les objectifs fixés et les quatre domaines prioritaires retenus en 2006 – emploi, connaissance et innovation, environnement entrepreneurial, énergie et changements climatiques – restent de mise. Dans ses grandes lignes, le nouveau cycle doit veiller à la stabilité nécessaire pour consolider les résultats. Parallèlement, grâce aux ajustements et perfectionnements qui lui sont apportés, la Stratégie de Lisbonne revue devrait réaliser pleinement son potentiel.

Tout en profitant de la dynamique inhérente aux progrès d’ores et déjà atteints, nous devons faire de l’accélération des réformes notre priorité pour mettre en puissance nos économies. L’UE a des responsabilités mondiales et doit mieux se préparer face à la mondialisation. Elle doit avoir une attitude stratégique, cohérente et déterminée, à l’échelle mondiale.

Nous devons maintenir notre ferme engagement au niveau national, notamment quant à la mise en oeuvre de mesures tablant sur les problèmes qui sont liés aux changements démographiques, à la qualité des finances publiques et leur durabilité sur le long terme, au marché du travail, à l’emploi, à la cohésion sociale, au marché intérieur, à la compétitivité, à la recherche et à l’innovation, à l’énergie et aux changements climatiques, à l’éducation et à la formation.

En outre, le programme communautaire de Lisbonne tient un rôle important dans le nouveau cycle, en assurant d’un mode plus efficace l’indispensable cohérence des réformes. De même, le Parlement européen et le Conseil devront s’en approprier davantage et l’échange de bonnes pratiques entre les Etats membres devra aller plus loin.

Dans le contexte de la mondialisation, le phénomène des migrations joue un rôle fondamental, il contribue à augmenter le potentiel de croissance et à faciliter certains ajustements. D’après un rapport récent qui a été soumis au Conseil cette semaine, l’analyse des effets de cette réalité par rapport à la mobilité du facteur travail met en évidence, que la croissance démographique de l’Union Européenne est de plus en plus tributaire des flux migratoires, et que leur contribution est décisive pour renforcer la flexibilité nécessaire, pour faire face aux chocs et pour compenser la faible mobilité intra-régionale.

Dans ce contexte mondialisé, la dimension extérieure de la Stratégie de Lisbonne devra être renforcée et approfondie, en faisant rayonner au-delà de ses frontières les objectifs politiques et économiques de l’UE, au même titre que ses normes sociales et environnementales.

Vous vous en souvenez certainement, ceci correspond au volet abordé par les chefs d’Etat et de gouvernement lors de la réunion informelle, l’instabilité des marchés financiers et les changements climatiques y ayant été tout particulièrement développés.

Un débat politique intéressant et stimulant qui a renforcé notre confiance en l’avenir. Un débat au cours duquel nous avons aussi compté sur la participation de cette assemblée-ci.

Tel que l’a déjà signifié le Premier ministre José Sócrates devant ce Parlement, l’Europe a les moyens et le devoir d’assumer le leadership du processus de la mondialisation, en saisissant les nouvelles opportunités créées, y compris dans le domaine des idées et de l’échange des cultures. En renforçant les relations entre les peuples et l’interdépendance entre les nations, l’UE contribue de façon décisive à la paix et à la stabilité mondiale.

L’Europe dispose de conditions politiques et institutionnelles pour relever les défis de la mondialisation, soient-ils d’ordre économique, social ou environnemental, et pour en influencer le déroulement. Nous avons besoin d’une coopération stratégique plus forte avec nos partenaires, afin d’élaborer un nouvel agenda mondial capable de combiner l’ouverture réciproque des marchés, le relèvement des normes environnementales, sociales, financières et de la propriété intellectuelle, et de soutenir la capacité institutionnelle des pays en développement.

Tel que l’a annoncé le Premier ministre José Sócrates à l’issue de la réunion informelle de Lisbonne, une déclaration de l’UE sur la mondialisation sera adoptée lors du Sommet européen des 13 et 14 décembre prochains. Il serait bon qu’elle lance un signal clair aux citoyens et au monde, en leur signifiant la détermination et l’engagement des dirigeants européens, face à cette volonté de dynamiser les capacités de l’Union européenne, d’influer sur l’agenda de la mondialisation et de trouver les réponses nécessaires.

Les défis qui se trouvent devant nous sont à la fois difficiles et stimulants.

La présidence est bien décidée à relever ces défis. Nous comptons, du reste comme toujours, sur l’appui du Parlement européen pour promouvoir et développer une action de l’UE et de ses Etats membres. Une action concertée au niveau global, qui permette à l’Europe d’assumer ses responsabilités dans le contexte mondial et de remporter ces défis du futur.

Nous avons parfois tendance à perdre de vue ce que l’Europe signifie pour tant de personnes dans ce monde globalisé. Les images d’immigrants évanouis sur nos grèves nous rappellent à une cruelle réalité – combien nous sommes privilégiés ici en Europe. L’Europe s’est érigée en un bastion d’espérance, l’espoir quant à la possibilité de construire un modèle qui fasse la synthèse entre liberté, croissance économique, justice sociale et préservation de l’environnement, en s’étayant sur une logique de partenariat, de coopération et de responsabilité partagée. Mais il n’en va pas que de notre succès, à nous, en tant qu’Européens. Souvenez-vous de la devise de notre présidence : «Une Union plus forte pour un monde meilleur». Car nous sommes sincèrement convaincus que l’Europe a un rôle crucial à jouer dans la construction d’un monde plus équitable et équilibré.»